Le marché automobile français traverse une période de mutations sans précédent. Entre l’électrification croissante du parc, les restrictions de circulation en zones à faibles émissions et l’inflation qui pèse sur les budgets des ménages, le choix entre un véhicule neuf et un modèle d’occasion nécessite une analyse approfondie. La décision ne peut plus se résumer à une simple comparaison de prix d’achat : elle implique désormais de prendre en compte le coût total de possession, l’évolution réglementaire, les technologies embarquées et même l’impact environnemental sur l’ensemble du cycle de vie du véhicule. Avec des délais de livraison qui se sont considérablement allongés pour les modèles neufs et un marché de l’occasion qui affiche des prix historiquement élevés, les automobilistes doivent adopter une approche stratégique pour optimiser leur investissement.

Analyse comparative du TCO : coût total de possession sur 5 ans

Le coût total de possession représente l’ensemble des dépenses liées à un véhicule sur une période définie, bien au-delà du simple prix d’acquisition. Cette approche holistique intègre la dépréciation, les frais d’entretien, l’assurance, la consommation de carburant, les taxes et même les éventuelles réparations imprévues. Sur un horizon de cinq ans, les écarts entre un véhicule neuf et un modèle d’occasion peuvent être considérables, mais pas toujours dans le sens que l’on imagine intuitivement.

Dépréciation réelle : courbes d’amortissement neuf versus occasions récentes

La dépréciation constitue le poste de dépense le plus important dans le TCO d’un véhicule, représentant généralement entre 50 et 60% du coût total. Un véhicule neuf perd en moyenne 20 à 25% de sa valeur dès la première année, puis environ 15% les années suivantes. Cette chute vertigineuse signifie qu’une voiture acquise à 30 000 euros ne vaudra plus que 24 000 euros après douze mois, soit une perte sèche de 6 000 euros. À l’inverse, un véhicule d’occasion de trois ans a déjà subi l’essentiel de cette décote initiale. Sa courbe d’amortissement s’aplatit considérablement, avec une perte de valeur annuelle ramenée à 8-12%. Concrètement, pour ce même modèle acheté d’occasion à 18 000 euros, la dépréciation annuelle se limitera à environ 1 800 euros.

Les segments premium comme les berlines allemandes haut de gamme subissent une dépréciation encore plus prononcée. Une Mercedes Classe E ou une BMW Série 5 neuve peut perdre jusqu’à 40% de sa valeur en trois ans. À l’inverse, certains modèles japonais réputés pour leur fiabilité, comme les Toyota ou les Mazda, conservent mieux leur valeur. Le contexte actuel de pénurie de semi-conducteurs a toutefois bouleversé ces tendances historiques : les véhicules d’occasion ont vu leur prix augmenter de 15 à 30% entre 2021 et 2023, créant une situation inédite où certains propriétaires ont pu revendre leur voiture plus cher qu’ils ne l’avaient achetée quelques années auparavant.

Impact du malus écologique et de la taxe CO2 sur le budget initial

Le malus écologique s’est considérablement durci ces dernières années, transformant certains véhicules neufs en gouff

re budgétaire. En 2024, tout véhicule neuf émettant plus de 118 g de CO2/km (cycle WLTP) est soumis à un malus, avec des montants qui peuvent dépasser 40 000 € pour les modèles très puissants. Concrètement, cela renchérit fortement l’achat de SUV thermiques essence ou diesel neufs, alors que les mêmes modèles en occasion récente, déjà immatriculés avant les derniers durcissements, échappent en grande partie à ce surcoût. Pour un acheteur hésitant entre neuf et occasion, le malus écologique peut faire basculer la décision : un véhicule neuf fortement malussé peut devenir, sur le papier, moins intéressant qu’une occasion quasi identique de deux ou trois ans, déjà amortie fiscalement.

La taxe CO2 et les éventuels surcoûts de carte grise liés aux émissions sont à intégrer dans le budget initial au même titre que le prix d’achat affiché. Ces frais peuvent représenter plusieurs milliers d’euros supplémentaires, en particulier dans les régions où la fiscalité sur les chevaux fiscaux est élevée. À l’inverse, les véhicules hybrides rechargeables, hybrides simples et électriques neufs bénéficient souvent d’une exonération totale ou partielle de taxe régionale, ce qui améliore leur compétitivité face à une voiture d’occasion thermique. Vous l’aurez compris : comparer un véhicule neuf et un véhicule d’occasion sans intégrer le malus écologique revient un peu à comparer deux loyers sans tenir compte des charges.

Primes à la conversion et bonus écologique : optimisation fiscale 2024

Les aides publiques peuvent changer radicalement l’équation entre voiture neuve et voiture d’occasion. Le bonus écologique 2024 cible avant tout les véhicules 100% électriques neufs répondant à des critères stricts (prix catalogue, empreinte carbone de fabrication, masse). Son montant peut atteindre plusieurs milliers d’euros pour les particuliers éligibles, à condition que le véhicule remplisse les conditions fixées par l’État. Pour un ménage qui hésite entre une citadine électrique neuve et un modèle thermique d’occasion, ce bonus peut réduire l’écart de prix et rendre le neuf soudainement plus pertinent sur le long terme.

La prime à la conversion, elle, s’applique aussi bien à certains véhicules neufs qu’à des véhicules d’occasion récents, à condition de mettre à la casse un ancien véhicule plus polluant. En 2024, un acheteur peut, sous conditions de ressources, cumuler prime à la conversion et bonus écologique pour financer une voiture électrique neuve ou d’occasion récente, avec un gain total pouvant dépasser 10 000 €. Cela signifie qu’un modèle électrique d’occasion de deux ou trois ans peut devenir extrêmement compétitif face à une voiture thermique neuve sans aide. Avant de trancher entre neuf et occasion, il est donc essentiel de simuler précisément les aides auxquelles vous pouvez prétendre, en tenant compte de votre revenu fiscal, du type de véhicule repris et des caractéristiques du véhicule convoité.

Coûts d’entretien prévisionnels : garantie constructeur contre révisions cumulées

Sur cinq ans, les frais d’entretien et de réparations peuvent fortement différer selon que l’on choisit une voiture neuve ou une voiture d’occasion. Un véhicule neuf bénéficie de la garantie constructeur (souvent 2 à 5 ans, parfois jusqu’à 7 ans) qui couvre la plupart des pannes mécaniques et électroniques, hors pièces d’usure. Cette garantie, parfois complétée par une extension payante ou incluse dans une offre de LOA/LLD, apporte une visibilité quasi parfaite sur les dépenses des premières années. Les révisions sont planifiées, les coûts annoncés à l’avance et les risques de grosse facture imprévue sont limités, ce qui rassure particulièrement les ménages qui ont un budget auto serré.

À l’inverse, une voiture d’occasion de 5 à 7 ans, même achetée à un prix attractif, peut nécessiter rapidement des interventions lourdes : remplacement de la courroie de distribution, amortisseurs, système de freinage, voire embrayage. Ces opérations peuvent facilement représenter entre 1 000 et 2 500 € cumulés sur quelques années, surtout si le véhicule a un kilométrage déjà élevé au moment de l’achat. C’est un peu comme acheter un logement ancien moins cher à l’achat, mais avec une toiture et une chaufferie à refaire : l’investissement global peut finir par se rapprocher d’un bien plus récent. Pour limiter ce risque, il est judicieux de privilégier des occasions récentes encore sous garantie constructeur ou couvertes par une garantie commerciale solide proposée par un professionnel reconnu.

Fiabilité mécanique et technologies embarquées : panorama 2024

Au-delà du coût de possession, l’arbitrage entre voiture neuve et voiture d’occasion repose aussi sur la fiabilité mécanique et le niveau de technologies embarquées. En 2024, la frontière est moins nette qu’il n’y paraît : certains modèles sortis en 2020 ou 2021 disposent déjà d’aides à la conduite avancées et de motorisations hybrides très abouties. D’autres, plus anciens, restent très fiables mécaniquement mais commencent à accuser le coup en matière de connectivité, de sécurité active ou de compatibilité avec les futures normes environnementales.

Motorisations hybrides rechargeables : durabilité batteries sur véhicules de 3-4 ans

Les hybrides rechargeables se sont massivement démocratisés à partir de 2019-2020. En 2024, ces véhicules arrivent donc en nombre sur le marché de l’occasion, avec 3 ou 4 ans d’ancienneté et parfois plus de 80 000 km au compteur. La question centrale concerne la durabilité des batteries haute tension : sont-elles encore performantes et combien de temps le resteront-elles ? Les données de terrain montrent que, sur cette génération de modèles, la perte de capacité reste généralement contenue (souvent moins de 10% après 4 ans), à condition que le véhicule ait été correctement rechargé et entretenu.

La plupart des constructeurs garantissent d’ailleurs les batteries des hybrides rechargeables 7 ou 8 ans, voire jusqu’à 160 000 km. Pour l’acheteur d’une occasion de 3 ou 4 ans, cela signifie qu’il bénéficie encore de plusieurs années de couverture en cas de défaillance majeure de la batterie. Néanmoins, il faut être vigilant : un véhicule qui a très peu roulé mais a été peu rechargé en mode électrique peut avoir été utilisé quasi exclusivement comme un thermique lourd, avec une batterie sous-exploitée et parfois mal entretenue. L’idéal est de demander un diagnostic de capacité de la batterie haute tension auprès du réseau de la marque, qui fournit une estimation objective de son état de santé. Vous limitez ainsi le risque d’acheter une voiture hybride rechargeable qui n’offrirait plus que quelques kilomètres d’autonomie électrique effective.

Systèmes ADAS et connectivité : obsolescence programmée des modèles pré-2022

Les systèmes d’aide à la conduite (ADAS) – freinage d’urgence automatique, maintien dans la voie, régulateur adaptatif, reconnaissance des panneaux – sont devenus un critère de choix majeur pour de nombreux automobilistes. Sur les voitures neuves, ces équipements sont souvent de série ou intégrés dans des packs attractifs. Sur les modèles d’occasion plus anciens, notamment ceux d’avant 2022, certains de ces dispositifs sont absents ou moins performants. Un véhicule de 2017 ou 2018, même bien entretenu, peut ainsi accuser un retard technologique important par rapport à un modèle 2023, notamment en termes de sécurité active et de connectivité.

Faut-il pour autant parler d’obsolescence programmée ? Pas nécessairement, mais il existe une forme d’obsolescence fonctionnelle. Comme pour un smartphone qui ne reçoit plus les dernières mises à jour, un système multimédia d’ancienne génération peut ne plus être compatible avec les versions récentes d’Apple CarPlay ou d’Android Auto. De même, certaines mises à jour logicielles OTA (over the air), réservées à des plateformes récentes, ne sont pas disponibles sur les véhicules plus âgés. Si vous accordez une grande importance aux aides à la conduite de dernière génération et à la connectivité, une voiture neuve ou une occasion très récente (post-2022) sera plus pertinente, même si son coût initial est plus élevé.

Normes euro 6d et ZFE : restrictions de circulation selon l’âge du véhicule

Les Zones à Faibles Émissions (ZFE) se multiplient dans les grandes agglomérations françaises, avec des calendriers de restriction qui visent en priorité les véhicules anciens et les motorisations diesel les plus émettrices. En pratique, cela signifie qu’une voiture d’occasion Crit’Air 4 ou 5 risque d’être bannie de certains centres-villes à court terme, voire déjà interdite aux heures de pointe. Les modèles essence Euro 4 et diesel Euro 5 sont dans le viseur des futures étapes de durcissement, ce qui pèse sur leur valeur de revente et sur leur pertinence pour un usage urbain ou périurbain.

Les véhicules neufs respectent aujourd’hui la norme Euro 6d, qui garantit un niveau d’émissions réduit, y compris en conditions réelles. De nombreuses voitures d’occasion récentes (à partir de 2020) sont également conformes à cette norme, offrant ainsi une meilleure compatibilité avec les ZFE à moyen terme. Si vous habitez ou travaillez dans une métropole concernée, privilégier une voiture neuve ou une occasion Euro 6d Crit’Air 1 (essence, hybride, électrique) ou Crit’Air 2 (diesel les plus récents) est un choix stratégique. À l’inverse, acheter aujourd’hui une voiture d’occasion plus ancienne peut s’apparenter à acquérir un bien dont les droits d’usage seront progressivement restreints.

Garantie pièces et main-d’œuvre : extension constructeur versus garantie légale de conformité

Sur le plan juridique, l’achat d’un véhicule neuf ou d’occasion chez un professionnel n’offre pas exactement les mêmes niveaux de protection, même si la garantie légale de conformité s’applique dans les deux cas. Pour une voiture neuve, cette garantie s’ajoute à la garantie commerciale du constructeur, qui couvre les défauts mécaniques et électroniques pendant une durée déterminée (2, 3, 5 ans ou plus selon les marques). Des extensions payantes permettent souvent de porter cette couverture à 7 voire 10 ans, incluant parfois l’assistance et certains éléments d’usure. Pour l’acheteur, cela se traduit par un risque financier limité en cas de panne lourde pendant toute la durée de détention envisagée.

Pour une voiture d’occasion, le régime est un peu différent. Chez un professionnel, la garantie légale de conformité est désormais présumée s’appliquer pendant au moins 2 ans, mais elle ne couvre pas l’usure normale ni les pannes liées à un mauvais usage du véhicule. Beaucoup de vendeurs proposent des garanties commerciales de 6 à 24 mois sur les occasions, avec des plafonds d’indemnisation et des exclusions précises (éléments de confort, électronique, etc.). Là encore, la différence entre une occasion achetée chez un particulier – sans garantie – et une occasion certifiée chez un concessionnaire ou un mandataire agréé est majeure. En acceptant de payer un peu plus cher, vous gagnez une sécurité juridique et financière qui rapproche l’expérience d’achat de celle d’un véhicule neuf.

Stratégies d’acquisition selon profils d’usage et kilométrage annuel

Choisir entre voiture neuve et voiture d’occasion ne se résume pas à une question de budget théorique : tout dépend de votre profil d’usage, de votre kilométrage annuel et de votre appétence au risque. Un gros rouleur autoroutier, un citadin roulant peu, un professionnel qui change de véhicule tous les trois ans ou un foyer à la recherche d’un SUV familial n’auront pas les mêmes priorités. Adopter une stratégie d’acquisition cohérente avec votre situation permet de maximiser la valeur d’usage de votre voiture tout en maîtrisant le coût total de possession.

LOA et LLD : formules de financement adaptées au neuf avec option d’achat

Pour les automobilistes qui souhaitent rouler en voiture neuve sans immobiliser un capital important, la Location avec Option d’Achat (LOA) et la Location Longue Durée (LLD) se sont imposées comme des solutions de référence. Ces formules permettent d’étaler le coût d’utilisation sur 2 à 5 ans, en incluant parfois l’entretien et l’extension de garantie dans le loyer mensuel. Vous payez en quelque sorte uniquement l’usage du véhicule sur une période donnée, plutôt que sa propriété intégrale. C’est une approche particulièrement pertinente si vous effectuez un kilométrage maîtrisé et souhaitez changer régulièrement de modèle pour bénéficier des dernières technologies et normes environnementales.

En LOA, vous conservez la possibilité de lever l’option d’achat en fin de contrat, c’est-à-dire de devenir propriétaire du véhicule en réglant la valeur résiduelle prédéfinie. En LLD, cette option n’existe pas : vous restituez simplement la voiture en fin de location, ce qui vous permet de repartir sur un nouveau contrat avec un véhicule neuf. Ces formules sont moins adaptées aux très gros rouleurs, pour qui les surcoûts liés au dépassement de kilométrage peuvent être importants. En revanche, pour un usage mixte ville/route de 10 000 à 20 000 km par an, la LOA/LLD permet souvent d’accéder à une voiture mieux équipée et moins émettrice qu’en achat comptant ou à crédit classique.

Marché de l’occasion certifiée : labels constructeurs et mandataires agréés

Si vous privilégiez l’achat d’une voiture d’occasion, le marché de l’« occasion certifiée » représente un compromis intéressant entre prix et sécurité. La plupart des constructeurs ont développé leur propre label (Renault Occasion, Peugeot Occasions du Lion, Audi Occasion :plus, BMW Premium Selection, etc.), garantissant des véhicules contrôlés sur plusieurs dizaines de points, révisés et assortis d’une garantie étendue. Ces voitures ont souvent moins de 5 ans, un kilométrage raisonnable et un historique d’entretien complet, ce qui réduit significativement le risque de mauvaise surprise après l’achat.

Les mandataires et distributeurs multimarques sérieux proposent également des véhicules d’occasion sélectionnés, parfois importés, avec des garanties équivalentes à celles des réseaux officiels. L’intérêt pour vous ? Accéder à un choix plus large de modèles et de motorisations, parfois à des tarifs plus compétitifs, tout en bénéficiant d’un encadrement juridique sécurisé. Avant de vous décider, vérifiez toujours la durée et l’étendue de la garantie, la présence d’un carnet d’entretien à jour et, si possible, un rapport d’expertise ou de contrôle technique récent. C’est la meilleure façon de profiter des prix attractifs de l’occasion sans sacrifier la sérénité.

Véhicules de démonstration et fins de série : opportunités à saisir

Entre le neuf et l’occasion classique, il existe une catégorie souvent méconnue mais très intéressante : les véhicules de démonstration et les fins de série. Les premiers sont des voitures immatriculées par les concessions pour des essais clients ou l’exposition en showroom. Ils affichent généralement entre 2 000 et 15 000 km au compteur, bénéficient encore de la quasi-totalité de la garantie constructeur et sont souvent très bien équipés. Les seconds correspondent à des modèles en fin de carrière ou à des stocks à écouler avant l’arrivée d’une nouvelle génération ou d’un restylage majeur.

Dans les deux cas, les remises peuvent être substantielles par rapport au prix du neuf, tout en offrant un niveau de tranquillité très proche (faible kilométrage, historique limpide, garantie longue). Pour un acheteur qui hésite entre une voiture neuve d’entrée de gamme et une occasion mieux équipée, un véhicule de démonstration ou une fin de série peut représenter le « meilleur des deux mondes ». La contrepartie ? Le choix est plus restreint en termes de couleur, d’options ou de motorisation, et il faut parfois se montrer réactif pour saisir les meilleures opportunités, très recherchées sur certains segments comme les SUV compacts et les citadines électriques.

Performance environnementale et transition énergétique du parc automobile

La question « voiture neuve ou d’occasion » ne se joue plus seulement sur le terrain financier : elle s’inscrit désormais dans un contexte de transition énergétique et de réduction des émissions de CO2. Faut-il privilégier un véhicule thermique d’occasion, dont la fabrication est déjà « amortie », ou un modèle neuf électrifié plus sobre à l’usage ? La réponse n’est pas toujours intuitive et dépend en grande partie du type de motorisation et du kilométrage envisagé.

Bilan carbone sur cycle de vie : fabrication neuve versus prolongation d’usage

Pour évaluer l’impact environnemental d’une voiture, il est indispensable de raisonner sur l’ensemble de son cycle de vie : fabrication, utilisation, entretien et fin de vie. La production d’un véhicule neuf, notamment s’il est électrique, génère une quantité significative de CO2, principalement à cause de la fabrication de la batterie. À l’inverse, prolonger la durée de vie d’une voiture existante permet d’éviter les émissions liées à la construction d’un nouveau véhicule, mais au prix d’émissions d’usage souvent plus élevées si le modèle est ancien ou peu efficient.

De nombreuses études montrent qu’une voiture électrique ou hybride rechargeable neuve finit par « amortir » son surcroît d’émissions de fabrication après quelques dizaines de milliers de kilomètres, grâce à des émissions très réduites à l’utilisation, surtout si l’électricité est d’origine peu carbonée, comme en France. Pour un automobiliste qui parcourt beaucoup de kilomètres chaque année, investir dans une motorisation électrifiée neuve peut donc être pertinent sur le plan environnemental comme économique. À l’inverse, si vous roulez peu (moins de 8 000 km par an), conserver plus longtemps une voiture thermique récente ou acheter une petite occasion sobre peut s’avérer plus cohérent que de renouveler trop souvent votre véhicule.

Électrification du parc : disponibilité des modèles 100% électriques d’occasion

Le marché des voitures 100% électriques d’occasion a longtemps été très restreint, mais il s’est considérablement étoffé depuis 2022. De nombreux modèles de première et deuxième génération (Renault Zoé, Nissan Leaf, BMW i3, Tesla Model 3, Peugeot e-208, etc.) arrivent désormais sur le marché secondaire, avec des kilométrages et des états très variables. Pour un acheteur qui souhaite passer à l’électrique sans supporter le prix fort du neuf, ces occasions représentent une porte d’entrée intéressante, à condition de bien vérifier l’état de la batterie et la compatibilité du véhicule avec les standards de recharge actuels.

Certains constructeurs et réseaux spécialisés proposent désormais des garanties spécifiques sur les batteries des véhicules électriques d’occasion, avec un seuil minimal de capacité garantie (par exemple 70% de la capacité initiale). C’est un point crucial, car la valeur et l’usage d’une voiture électrique dépendent directement de son autonomie réelle. Avant de trancher entre une citadine électrique neuve et un modèle d’occasion, posez-vous les bonnes questions : de quelle autonomie avez-vous réellement besoin au quotidien ? Disposez-vous d’un point de recharge à domicile ou au travail ? Êtes-vous prêt à accepter une autonomie réduite pour bénéficier d’un prix d’achat plus bas ? En fonction de vos réponses, une bonne occasion électrique peut se révéler aussi pertinente qu’un modèle neuf plus cher.

Rétrofit électrique : conversion thermique-électrique sur véhicules de plus de 5 ans

Le rétrofit électrique, qui consiste à convertir un véhicule thermique en véhicule électrique, s’impose progressivement comme une solution alternative dans la transition énergétique. En France, la réglementation autorise désormais ce type de modification sur des véhicules de plus de 5 ans, à condition que le kit et l’installateur soient homologués. L’idée ? Prolonger la durée de vie de véhicules existants tout en supprimant leurs émissions locales de polluants, notamment dans les zones urbaines soumises à des restrictions de circulation.

Dans la pratique, le rétrofit reste aujourd’hui une niche, avec des coûts encore élevés (souvent entre 15 000 et 25 000 €) et une offre concentrée sur certains modèles (utilitaires, citadines populaires, véhicules de collection). Pour un particulier, il peut être pertinent si l’on souhaite conserver un véhicule auquel on tient particulièrement, ou si l’on possède un utilitaire en bon état mais menacé d’interdiction en ZFE. Pour la majorité des automobilistes, l’arbitrage se fera cependant plutôt entre achat d’une voiture électrique neuve ou d’occasion, voire d’une hybride rechargeable, plutôt que par la conversion électrique d’un ancien modèle thermique.

Délais de livraison et tensions sur la chaîne d’approvisionnement automobile

Les crises successives (pandémie, pénurie de semi-conducteurs, tensions géopolitiques) ont profondément perturbé la chaîne d’approvisionnement automobile depuis 2020. Même si la situation s’est partiellement normalisée en 2023-2024, les délais de livraison pour certains modèles neufs restent élevés, notamment pour les véhicules très demandés comme les SUV hybrides rechargeables ou les électriques dotés de grandes batteries. Il n’est pas rare d’attendre 4 à 8 mois, voire plus, entre la commande et la livraison d’une configuration spécifique.

Face à ces incertitudes, le marché de l’occasion a servi de soupape : de nombreux acheteurs se sont tournés vers des véhicules immédiatement disponibles, quitte à faire quelques concessions sur la couleur ou les options. Ce phénomène a contribué à la hausse des prix de l’occasion, mais il reste un argument de poids pour qui a besoin d’un véhicule rapidement, par exemple après une panne irréparable ou un changement de situation professionnelle. Les véhicules 0 km, les démonstrations et les stocks de fins de série offrent également une alternative intéressante, combinant la disponibilité quasi immédiate d’une occasion et les avantages proches d’un véhicule neuf.

Cartographie du marché secondaire : segments premium, compacts et SUV familiaux

Le marché secondaire, c’est-à-dire celui des voitures d’occasion, n’est pas homogène. Selon les segments, les dynamiques de prix, de disponibilité et de décote sont très différentes. Les modèles premium (berlines allemandes, SUV de luxe) connaissent une forte dépréciation en neuf, ce qui en fait des opportunités attractives en seconde main pour accéder à un niveau de confort et de technologie élevé à moindre coût. Cependant, leurs coûts d’entretien et d’assurance restent supérieurs à la moyenne, ce qu’il faut intégrer dans le calcul du coût total de possession.

Les citadines et compactes polyvalentes, très recherchées par les urbains et les jeunes conducteurs, conservent en revanche une valeur résiduelle soutenue, surtout lorsqu’elles disposent de motorisations essence modernes ou hybrides et d’un bon niveau d’équipement. Sur ces segments, l’écart de prix entre neuf et occasion récente peut être plus réduit, ce qui rend parfois le véhicule neuf plus attractif, notamment en cas de remises ou d’offres de financement avantageuses. Quant aux SUV familiaux, leur succès sur le neuf s’est naturellement répercuté sur l’occasion : la demande reste forte, les bons modèles partent vite, et les prix se maintiennent à un niveau élevé, en particulier pour les versions hybrides ou diesel sobres adaptées aux longs trajets.

En définitive, la réponse à la question « voiture neuve ou d’occasion » dépendra autant de votre segment de prédilection que de votre budget et de vos contraintes d’usage. Sur certains créneaux, comme le premium haut de gamme ou le SUV familial bien équipé, l’occasion récente offre un rapport valeur/prix difficile à battre. Sur d’autres, comme la petite citadine électrique ou l’hybride compacte, les offres de véhicules neufs avec bonus et financement compétitif peuvent s’avérer tout aussi pertinentes, voire plus avantageuses que l’achat d’une occasion surcotée.