# Marché du véhicule d’occasion : faut-il acheter maintenant ou attendre ?

Le marché automobile français traverse une période de transformation profonde qui bouleverse les comportements d’achat. Entre hausse des prix, transition énergétique et incertitudes économiques, acquérir une voiture d’occasion en 2024 relève d’un véritable calcul stratégique. Les acheteurs potentiels se trouvent face à un dilemme : profiter des opportunités actuelles ou patienter dans l’espoir d’une baisse des tarifs ? Cette question mérite une analyse approfondie des tendances du marché, des facteurs macroéconomiques et des cycles de dépréciation spécifiques à chaque segment. Les données récentes révèlent un marché en pleine mutation, où les règles traditionnelles d’achat ne s’appliquent plus systématiquement.

Analyse de la conjoncture actuelle du marché automobile d’occasion en france

Le marché français des véhicules d’occasion connaît depuis 2022 des fluctuations inédites qui remettent en question les stratégies d’achat traditionnelles. L’observation des tendances actuelles permet d’identifier les dynamiques qui influencent directement votre décision d’achat. Les professionnels du secteur automobile constatent un bouleversement des équilibres entre offre et demande, créant tantôt des opportunités, tantôt des contraintes pour les acquéreurs potentiels.

Évolution des prix moyens des véhicules d’occasion depuis 2022

Les tarifs des voitures d’occasion ont connu une hausse spectaculaire entre 2021 et 2023, avec une augmentation moyenne de 20% sur cette période. Cette progression sans précédent s’explique par plusieurs facteurs conjugués : la pénurie de véhicules neufs, l’inflation généralisée et une demande soutenue. Toutefois, depuis le début 2024, le marché montre des signes de stabilisation, voire de correction à la baisse dans certains segments. Les données du premier trimestre 2024 indiquent une diminution de 5% par rapport aux pics enregistrés en janvier 2023, offrant aux acheteurs un contexte plus favorable.

Cette correction reste néanmoins relative : comparé aux niveaux pré-pandémie de 2019-2020, les prix demeurent significativement plus élevés. Un véhicule de quatre ans avec 60 000 kilomètres au compteur se négocie aujourd’hui entre 15% et 18% plus cher qu’avant la crise sanitaire. Cette réalité impose aux acheteurs de recalibrer leurs attentes budgétaires et d’adapter leurs critères de sélection. Les segments les plus touchés par cette inflation tarifaire sont les SUV compacts et les citadines polyvalentes, particulièrement prisés des ménages français.

Impact de la pénurie de semi-conducteurs sur l’offre de voitures neuves et d’occasion

La crise des semi-conducteurs, amorcée en 2021, continue d’exercer ses effets sur le marché automobile en 2024, bien que son intensité se soit atténuée. Cette pénurie a drastiquement réduit la production de véhicules neufs pendant près de trois ans, créant un effet domino sur le marché de l’occasion. Les délais de livraison rallongés ont poussé de nombreux acheteurs à se rabattre sur des véhicules d’occasion récents, augmentant mécaniquement la demande et les prix dans ce segment.

Aujourd’hui, la production de véhicules neufs reprend progressivement un rythme normal, avec des délais de livraison revenus à des niveaux acceptables pour la plupart des modèles. Cette normalisation devrait théoriquement exercer une pression à la baisse sur les prix de l’occasion, car l

’arrivée de nouveaux modèles en concessions redonne des marges de manœuvre aux acheteurs. Concrètement, cela se traduit par davantage de reprises, donc plus de véhicules d’occasion récents mis sur le marché, et des négociations plus faciles sur des modèles qui étaient en tension fin 2022-début 2023. Néanmoins, l’effet de rattrapage ne s’est pas totalement résorbé : sur les véhicules très prisés (SUV compacts, citadines essence récentes, hybrides), la pression reste forte et les vendeurs particuliers comme professionnels continuent de se montrer exigeants sur les prix affichés.

Tendances du volume de transactions sur les plateformes la centrale et leboncoin

Les plateformes de référence comme La Centrale ou Leboncoin offrent un baromètre précieux du marché de la voiture d’occasion. Depuis mi-2023, on observe un léger recul du nombre de transactions mais une remontée progressive du volume d’annonces en ligne. Cela signifie que les véhicules restent plus longtemps en vitrine numérique, ce qui renforce votre pouvoir de négociation, surtout si vous suivez un même modèle sur plusieurs semaines.

Autre tendance notable : la montée en puissance des annonces de véhicules récents (moins de 4 ans, moins de 80 000 km). L’allongement des contrats de LOA et LLD, combiné à la fin de nombreuses locations depuis la période Covid, alimente ce segment. À l’inverse, les voitures plus anciennes, au-delà de 10 ans, subissent un tri naturel lié aux nouvelles contraintes environnementales et aux ZFE : elles sont moins mises en avant et se vendent plus difficilement en zone urbaine, mais restent recherchées en zone rurale pour leur prix attractif.

Pour un acheteur, surveiller la densité d’annonces sur un modèle précis (par exemple une Peugeot 208 essence de 2019 ou un Renault Captur diesel de 2018) est un excellent indicateur de timing. Plus l’offre est abondante et les annonces nombreuses sur plusieurs semaines, plus vous pouvez espérer une remise significative, surtout si le vendeur a déjà baissé son prix une ou deux fois.

Comparaison des indices ArgusCode et autovista group pour 2024

Les indices publiés par des acteurs comme ArgusCode ou Autovista Group permettent de suivre la valeur résiduelle moyenne des véhicules en France. En 2024, ces deux baromètres convergent sur un constat : après un pic historique début 2023, la valeur de l’occasion corrige progressivement, mais ne revient pas à ses niveaux de 2019. L’indice agrégé reste environ 15 à 18% au-dessus de la période pré-Covid, toutes motorisations confondues.

Autovista met en avant une résistance supérieure des SUV et des hybrides, qui conservent une valeur élevée grâce à une demande soutenue. À l’inverse, ArgusCode souligne la pression croissante sur les diesel Euro 5 et certains Euro 6, particulièrement dans les régions déjà fortement concernées par les Zones à Faibles Émissions. Pour vous, cela signifie qu’un même modèle peut avoir une trajectoire de prix très différente selon sa motorisation et sa vignette Crit’Air, même si l’âge et le kilométrage sont similaires.

En pratique, croiser ces indices avec les prix réels constatés sur les plateformes d’annonces vous aide à repérer les “fausses bonnes affaires” et les véhicules surcotés. Si un modèle est affiché significativement au-dessus de la cote Argus ou des valeurs Autovista, sans justification par un faible kilométrage, des options rares ou un historique irréprochable, vous avez un argument solide pour négocier, voire passer votre chemin.

Variables macroéconomiques influençant la décision d’achat immédiate

Au-delà des dynamiques propres au marché de l’occasion, la décision d’acheter une voiture maintenant ou d’attendre dépend fortement du contexte macroéconomique. Coût du crédit, inflation, pouvoir d’achat et perspectives de croissance jouent tous un rôle dans la faisabilité de votre projet automobile. Ignorer ces paramètres, ce serait un peu comme fixer votre budget de vacances sans regarder le prix des billets d’avion : vous risquez de revoir vos ambitions à la baisse au dernier moment.

Taux directeurs de la BCE et conditions de financement automobile

Les taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE) ont fortement augmenté entre 2022 et 2023 pour contenir l’inflation, entraînant une hausse sensible des taux de crédit, y compris pour le financement automobile. En 2024, on observe une stabilisation, voire un début d’assouplissement, avec des banques qui recommencent à proposer des offres plus compétitives pour les crédits auto classiques et les financements en LOA.

Pour un acheteur, la question clé est simple : combien va réellement vous coûter votre voiture d’occasion, intérêts compris ? Un véhicule à 18 000 € financé à 1,5% ou à 5% sur 60 mois ne représente pas du tout le même effort mensuel. Si vous anticipez une baisse progressive des taux en 2025, il peut être pertinent de privilégier un financement plus court ou modulable, ou de patienter si votre besoin n’est pas urgent. À l’inverse, si vous devez remplacer un véhicule vieillissant qui génère déjà des frais importants, continuer à reporter l’achat peut s’avérer plus coûteux que de financer à un taux un peu plus élevé dès maintenant.

Les banques et organismes de crédit adaptent aussi leur politique de risque : les profils considérés comme fragiles (CDD, intérim, endettement déjà élevé) peuvent rencontrer davantage de refus ou des taux moins favorables. Avant de vous lancer, simulez plusieurs scénarios de financement et comparez le coût total du crédit, pas uniquement la mensualité affichée.

Inflation et pouvoir d’achat des ménages français en 2024

L’inflation a fortement rogné le pouvoir d’achat des ménages français depuis 2022, notamment via la hausse des prix de l’énergie, de l’alimentation et des loyers. En 2024, si la progression des prix ralentit, le niveau général reste élevé, et les budgets automobiles sont souvent revus à la baisse. Beaucoup d’acheteurs se tournent ainsi vers des voitures d’occasion plus modestes, ou réduisent leurs exigences en termes d’options et de motorisation.

Cette pression budgétaire a un effet paradoxal sur le marché : elle renforce la demande sur les modèles réputés fiables, peu gourmands en carburant et accessibles (citadines essence, petits SUV compacts, hybrides d’occasion), tout en délaissant les grosses motorisations et les véhicules très équipés. Résultat, les prix restent fermes sur les segments les plus recherchés, tandis que vous pouvez trouver de bonnes opportunités sur des modèles jugés plus “raisonnables” à l’achat mais un peu plus coûteux à l’usage.

Pour arbitrer, posez-vous deux questions simples : combien pouvez-vous consacrer chaque mois à votre voiture, crédit et carburant compris ? Et quel est votre coût actuel (réparations, surconsommation, assurance) si vous conservez votre véhicule encore un an ? Parfois, accepter un budget d’achat légèrement supérieur aujourd’hui pour un modèle plus efficient permet de réduire nettement votre budget mensuel global.

Prévisions économiques pour le premier semestre 2025

Les principaux instituts de conjoncture anticipent pour le premier semestre 2025 une croissance modérée en France, avec une inflation en repli mais toujours au-dessus de l’objectif de 2% de la BCE. Les scénarios dominants évoquent une stabilisation ou une légère baisse des taux de crédit, sous réserve d’absence de choc géopolitique majeur ou de nouvelle flambée des prix de l’énergie.

Que signifie ce contexte pour votre achat de voiture d’occasion ? Si les prévisions se confirment, le pouvoir d’achat réel pourrait se redresser légèrement, et le coût du financement diminuer, ce qui plaide pour attendre si votre besoin n’est pas pressant. Toutefois, les prix catalogue des véhicules neufs continuent d’augmenter, tirés par l’intégration de nouvelles technologies et les exigences réglementaires, ce qui limite la probabilité d’une forte chute des prix de l’occasion.

En résumé, il est peu probable que vous assistiez à un effondrement des prix des voitures d’occasion en 2025. L’hypothèse la plus réaliste est celle d’une stabilisation avec des ajustements segmentés : certains véhicules thermiques pénalisés par les ZFE pourraient voir leur valeur baisser, tandis que les hybrides et électriques bien positionnés pourraient rester stables, voire se renchérir localement.

Décryptage des cycles de dépréciation par segment de véhicules

Pour savoir s’il vaut mieux acheter maintenant ou attendre, il est indispensable de comprendre comment se déprécient les différents segments de véhicules. Tous ne suivent pas la même courbe de valeur : un SUV compact, une citadine électrique ou une berline premium ne réagissent pas de la même manière aux évolutions du marché. C’est un peu comme l’immobilier : un studio en centre-ville et une grande maison à la campagne ne varient pas de prix au même rythme.

Décote des SUV compacts type peugeot 3008 et renault captur

Les SUV compacts, tels que Peugeot 3008 ou Renault Captur, figurent parmi les stars du marché de l’occasion depuis plusieurs années. Leur polyvalence et leur image valorisante expliquent une demande toujours très soutenue, ce qui limite leur décote. Sur un 3008 de 3 à 5 ans, la perte de valeur annuelle reste souvent inférieure à celle d’une berline équivalente, surtout en motorisation essence ou hybride.

Cependant, la multiplication des offres sur ce segment commence à peser sur les prix des modèles plus anciens, en particulier les versions diesel les moins bien classées en Crit’Air. À l’approche de nouvelles restrictions dans les grandes agglomérations, certains propriétaires cherchent à s’en séparer, ce qui crée des opportunités pour les acheteurs situés hors ZFE. Si vous roulez peu en ville ou vivez dans une zone non concernée, vous pouvez réaliser une économie substantielle en ciblant ces véhicules.

Pour un achat en 2024-2025, l’enjeu est donc de bien calibrer l’âge et la motorisation. Un Captur essence récent ou un 3008 hybride rechargeable conserveront mieux leur valeur et seront plus faciles à revendre dans 4 ou 5 ans. À l’inverse, un 3008 diesel de première génération pourrait voir sa cote s’éroder plus vite à mesure que les ZFE se généralisent.

Stabilité des citadines électriques renault zoé et peugeot e-208

Les citadines électriques comme Renault Zoé ou Peugeot e-208 occupent une place particulière dans le marché de l’occasion. Longtemps portées par des aides publiques généreuses à l’achat neuf, puis bousculées par l’arrivée de nouveaux modèles plus autonomes, elles présentent aujourd’hui une décote relativement stabilisée. Une Zoé de 3 à 5 ans, avec une batterie en bon état et un historique d’entretien limpide, conserve une valeur correcte et se revend généralement rapidement.

La question de la batterie reste centrale : capacité résiduelle, mode de location ou de propriété, et garantie restante influencent fortement le prix. Les acheteurs sont de plus en plus informés et n’hésitent pas à demander des rapports détaillés d’état de batterie. La e-208, plus récente, bénéficie quant à elle d’une image valorisante et d’une meilleure intégration technologique, ce qui peut freiner sa décote à court terme, surtout dans les grandes villes concernées par les ZFE.

Si vous envisagez l’achat d’une citadine électrique d’occasion, acheter maintenant peut s’avérer judicieux, notamment avant d’éventuels ajustements des bonus et primes. En revanche, gardez à l’esprit que l’évolution rapide de la technologie (autonomie, recharge) pourrait rendre certains modèles moins attractifs au-delà de 7 à 8 ans, surtout s’ils sont comparés à une nouvelle génération beaucoup plus performante.

Volatilité des berlines premium BMW série 3 et mercedes classe C

Les berlines premium type BMW Série 3 ou Mercedes Classe C affichent traditionnellement une forte valeur à neuf, mais une décote parfois brutale sur le marché de l’occasion. Leur coût d’entretien, la fiscalité associée à certaines motorisations et les évolutions réglementaires sur le diesel expliquent cette volatilité. Une Série 3 diesel récente peut perdre rapidement de la valeur si elle devient moins compatible avec un usage urbain quotidien.

Cependant, ces modèles conservent une clientèle fidèle et un attrait réel en seconde main, notamment en motorisations essence ou hybrides rechargeables. Les versions bien configurées, avec un historique limpide et un kilométrage maîtrisé, se distinguent clairement du reste du marché et peuvent offrir un rapport qualité/prix très intéressant pour qui accepte un budget entretien plus élevé.

Pour arbitrer entre achat immédiat et attente, interrogez-vous sur votre horizon de détention. Si vous comptez garder la voiture longtemps (8 à 10 ans), acheter un modèle déjà bien déprécié (6 à 8 ans d’âge) peut être pertinent : une partie importante de la décote est déjà passée. En revanche, si vous envisagez une revente dans 3 à 4 ans, il est préférable de cibler une motorisation en phase avec les futures contraintes environnementales, de préférence essence ou hybride.

Résilience des utilitaires légers type volkswagen transporter

Les utilitaires légers, comme le Volkswagen Transporter ou le Renault Trafic, obéissent à une logique de marché différente. Ils sont avant tout des outils de travail, et leur valeur d’usage prime souvent sur leur âge. Tant qu’ils restent fiables et capables d’assurer des kilomètres sans incident majeur, leur cote résiste étonnamment bien, surtout en motorisation diesel robuste.

La demande est tirée par les artisans, les petites entreprises, mais aussi par la tendance “van life” qui a popularisé l’aménagement de fourgons en véhicules de loisirs. Ce double usage contribue à la résilience des prix, en particulier pour les modèles bien configurés (climatisation, double cabine, hayon pratique). Même avec un kilométrage élevé, un Transporter entretenu peut se négocier à un tarif soutenu.

Pour un acheteur, cela signifie que les “bonnes affaires” sont plus rares et qu’il est essentiel d’examiner l’historique d’entretien et l’usage précédent (livraison urbaine intensive ou trajets routiers). Attendre une baisse généralisée sur ce segment a peu de chances d’être payant à court terme : mieux vaut cibler le bon exemplaire et négocier en fonction de l’état réel plutôt que d’espérer un retournement massif des prix.

Transition énergétique et obsolescence réglementaire des motorisations thermiques

Au-delà des logiques purement économiques, la transition énergétique et les nouvelles contraintes environnementales redessinent en profondeur le marché de la voiture d’occasion. Acheter un véhicule thermique aujourd’hui, c’est aussi anticiper son usage dans 5 ou 10 ans : sera-t-il encore autorisé dans votre ville ? Pourra-t-il circuler librement pendant vos trajets domicile-travail ? Ces questions ne sont plus théoriques, elles conditionnent directement la valeur de revente future de votre voiture.

Zones à faibles émissions et restrictions Crit’Air en milieu urbain

Les Zones à Faibles Émissions (ZFE) se déploient progressivement dans les grandes agglomérations françaises, avec des calendriers plus ou moins stricts selon les territoires. À mesure que les vignettes Crit’Air 4, 3 puis 2 sont restreintes, certains véhicules thermiques perdront une partie de leur attractivité pour les citadins. Un diesel Crit’Air 3 peut aujourd’hui être encore très pratique pour un habitant périurbain, mais devenir inutilisable pour un actif travaillant en centre-ville.

Pour un acheteur d’occasion, connaître le calendrier ZFE de sa métropole est indispensable. Un modèle Crit’Air 2 essence récent pourra rester acceptable plusieurs années, tandis qu’un diesel plus ancien risque de voir sa valeur chuter brutalement dès l’annonce d’une nouvelle étape de restriction. À l’inverse, en zone rurale ou dans des villes non concernées à court terme, ces mêmes véhicules continueront de rendre service et pourront être achetés à bon prix, car “délaissés” par les urbains.

Avant de signer, posez-vous la question suivante : où circulera majoritairement ma voiture dans 3, 5 et 7 ans ? Cette simple projection peut orienter votre choix de motorisation et vous éviter d’acheter aujourd’hui un véhicule qui sera “bradé” demain.

Échéances des normes euro 6d et anticipation de l’interdiction 2035

Les normes Euro 6d sont devenues la référence pour les véhicules récents, imposant des seuils d’émissions beaucoup plus stricts qu’auparavant. Les voitures répondant à cette norme, notamment en diesel, restent pour l’instant relativement bien protégées en termes d’acceptabilité réglementaire. Elles sont considérées comme les “meilleurs élèves” des motorisations thermiques et devraient conserver une certaine valeur jusqu’à l’approche de 2030.

L’horizon 2035, qui correspond à l’interdiction progressive de la vente de voitures thermiques neuves dans l’Union européenne, pose une autre question : est-il encore raisonnable d’acheter du thermique en 2024-2025 ? La réponse dépend de votre horizon de détention. Si vous conservez vos véhicules longtemps et roulez peu, un bon modèle thermique Euro 6d acheté aujourd’hui pourra vous accompagner sans difficulté jusqu’à 2035, voire au-delà, même si sa valeur de revente sera faible.

En revanche, si vous changez de voiture tous les 3 à 5 ans, vous aurez intérêt à privilégier des motorisations déjà alignées avec les futures exigences : hybrides, hybrides rechargeables, voire électriques si votre usage le permet. Attendre quelques années peut alors se justifier, le temps que l’offre d’occasion sur ces technologies se diversifie et que les prix deviennent plus abordables.

Prime à la conversion et bonus écologique : calendrier des dispositifs

Les dispositifs d’aide publique – prime à la conversion, bonus écologique – constituent un levier important dans votre calcul d’achat. Leur particularité ? Ils évoluent régulièrement, parfois d’une année sur l’autre, en fonction des arbitrages budgétaires de l’État et des priorités environnementales. Un véhicule éligible à une prime aujourd’hui pourrait ne plus l’être demain, ou inversement.

La prime à la conversion encourage le remplacement d’un vieux véhicule polluant par une voiture plus récente, thermique sobre, hybride ou électrique. Elle est soumise à des conditions de revenus, de kilométrage et de catégorie Crit’Air du véhicule mis au rebut. Le bonus écologique, lui, soutient l’achat de véhicules électriques ou hybrides rechargeables, neufs ou, dans certains cas, d’occasion récents. Les montants ont été revus plusieurs fois depuis 2022, avec une tendance à la baisse progressive.

Si vous êtes éligible, acheter avant un changement de barème peut faire une différence de plusieurs milliers d’euros sur votre budget. Suivre de près les annonces gouvernementales, notamment en fin d’année ou lors des lois de finances, est donc crucial. C’est souvent à ces moments-là que se joue le fameux “faut-il acheter maintenant ou attendre ?”, surtout pour un projet de voiture électrique d’occasion.

Stratégies d’arbitrage selon le profil d’usage et le kilométrage annuel

La meilleure décision d’achat n’est pas la même pour tout le monde. Elle dépend de votre profil d’usage, de votre kilométrage annuel, de votre environnement (urbain, périurbain, rural) et de votre tolérance au risque réglementaire. En clair, un commercial qui parcourt 40 000 km par an n’a pas les mêmes contraintes qu’un citadin qui roule 6 000 km annuels principalement en centre-ville.

Si vous roulez beaucoup, au-delà de 25 000 km par an, la priorité reste le coût au kilomètre : consommation, fiabilité, entretien. Dans ce cas, une berline ou un SUV diesel récent, bien classé en Crit’Air et conforme aux normes Euro 6d, peut encore être cohérent, surtout si vous circulez peu dans les futures ZFE. L’objectif est alors de profiter des corrections de prix actuelles sur le diesel, tout en choisissant un modèle facilement revendable dans 4 ou 5 ans auprès d’un public non urbain.

Pour un usage mixte, 12 000 à 20 000 km annuels, l’équation est plus subtile. Vous pouvez arbitrer entre essence, hybride simple ou hybride rechargeable selon votre profil de trajets. Beaucoup d’acheteurs profitent du marché de l’occasion pour accéder à des hybrides autrefois réservées au neuf, notamment chez Toyota, Hyundai ou Kia. Dans ce cas, acheter dès maintenant un modèle bien positionné, plutôt que d’attendre une hypothétique baisse généralisée, peut s’avérer pertinent.

Enfin, pour un usage majoritairement urbain et un faible kilométrage annuel, la voiture électrique ou la petite citadine essence récente se détachent. L’enjeu sera de profiter des aides encore disponibles et de la montée en puissance des offres d’occasion sur les modèles électriques. Attendre peut permettre de trouver des véhicules mieux autonomes à des prix plus bas, mais au risque de voir certains dispositifs d’aide réduits. Tout l’art est de synchroniser votre achat avec une période où aides publiques, prix de marché et besoins personnels sont alignés.

Prévisions du marché de l’occasion pour les 12 à 18 prochains mois

Sur les 12 à 18 prochains mois, la plupart des analystes anticipent un marché de la voiture d’occasion en phase de normalisation plutôt que de rupture. Les prix devraient poursuivre leur légère correction commencée en 2024, sans pour autant retrouver les niveaux d’avant-crise. La demande restera soutenue pour les véhicules récents, fiables et peu énergivores, ce qui continuera à soutenir leurs cotes, notamment dans les segments des citadines polyvalentes, des SUV compacts et des hybrides.

Les véhicules thermiques plus anciens, en particulier diesel Crit’Air 3 ou 4, pourraient voir leur valeur baisser davantage, sous l’effet conjugué des ZFE, d’une offre abondante et d’une perception de plus en plus négative. Pour les acheteurs situés en dehors des grandes métropoles, ce mouvement créera des fenêtres d’opportunités pour acquérir des voitures fonctionnelles à des prix attractifs, au prix d’une acceptation assumée du risque de revente plus compliquée à moyen terme.

Les voitures électriques d’occasion devraient, elles, se multiplier rapidement, portées par l’explosion des ventes de véhicules neufs ces dernières années et l’arrivée à échéance de nombreux contrats de location. Cette abondance pourrait exercer une pression à la baisse sur les prix, en particulier pour les modèles à autonomie limitée ou à la technologie de recharge vieillissante. À l’inverse, les électriques de dernière génération, dotées d’une bonne autonomie et d’une batterie bien garantie, conserveront une valeur élevée.

En définitive, faut-il acheter une voiture d’occasion maintenant ou attendre ? Si votre besoin est immédiat (panne récurrente, véhicule non compatible ZFE, changement de situation professionnelle), le contexte actuel vous offre déjà des marges de négociation intéressantes, à condition de cibler les bons segments et de rester réaliste sur votre budget. Si votre achat est plus opportuniste et non urgent, surveiller le marché quelques mois supplémentaires peut vous permettre de profiter de corrections ciblées, notamment sur certains thermiques pénalisés par la réglementation et sur les premières vagues d’électriques d’occasion.